Ray Nyst

Notre Père des bois (Georges Balat, à Bruxelles)

Mercure de juillet 1899, page 185

Reconstitution de ce que doit être l’histoire de l’un des premiers hommes. Ce récit est surtout intéressant en ce sens que l’auteur a accompli le tour de force de laisser seul, durant deux cents pages, son héros qui chasse, mange et venge un frère absent au milieu des solitudes immenses d’un monde encore vierge pour lui. Le combat des lions, la fosse où tombent les troupeaux, le tableau du grand chêne penché sur cette même fosse, l’amour d’un couple de serpents, les aubes et les crépuscules de cette terre mystérieuse, notre première mère, tout est traité largement, sobrement et avec une puissance paisible qui fait du bien au cerveau comme le vent venu des hautes montagnes. L’auteur a évité l’écueil d’imiter les Rosny et, s’abstenant de mots scientifiques, il a dit des choses nouvelles en une aussi belle langue, aussi riche d’images fraîches.