Nonce Casanova

Le Choc (Société libre d’éditions des Gens de lettres)

Mercure de mai 1897 page 374

Roman de passions échevelées en une langue bizarre, rempli de belles images, et quelquefois tombant dans une regrettable préciosité de terme. Histoire d’une fille qui finit par s’éprendre (sans le savoir) d’un enfant qu’elle a eu… comme premier faux pas. Le choc, c’est je pense que la mère et l’enfant tombent du haut d’une falaise comme dernier faux pas. Maintenant, le nom de l’auteur, indiquant qu’il n’est pas français[1], indique peut-être aussi qu’il exagère nos exagérations à cause de son esprit italien. Ça peut se corriger facilement au second livre.

  1. Affirmation un peu rapide…

Les Adultères vierges (Ollendorff)

Mercure de décembre 1898 pages 750-751

Sous ce titre extraordinaire et un peu trop sonore, un tempérament espagnol nous convie à des coups de poignard. Le drame est en deux tueries : le marquis, don Storo, veut tuer un rival et il le manque. Première tuerie. Seconde : le rival ne manque pas don Storo. Maintenant, si j’analyse ce roman, je serai forcé de dire des choses regrettables qui n’ont d’ailleurs rien à voir avec la manière de Nonce Casanova. Si vous aimez ça, faut le boire chaud… quant à l’analyser avant… vous en perdriez tout le fumet ! Il y a une petite fleuriste qui s’appelle Mimosa et qui parle comme une femme de… qualité, une marquise qui… n’a fichtre pas froid aux yeux et parle… autrement. C’est prodigieux, bizarre, décevant, pas plus composé qu’un gâteau de mille fruits, quelquefois écœurant comme une sucrerie de harem, enfin je vais vous en servir une tranche :

«… Elle était de ces castillanes — bijas del sol, ollé ! —vers lesquelles, fatalement, vont les lèvres avides d’ivresse éperdues, — et se penchent, un peu, les âmes fouettées par de l’infini vertige. Elle pouvait ne pas inspirer d’amour. Il était impossible qu’elle n’inspirât pas de désir. — Le désir peut avoir une plus large envergure que l’amour. Quelquefois. Ne vous récriez pas. Quand la chair est souverainement secouée par un absolu — absolu, vous m’entendez bien ! — besoin d’étreintes, il y a des rumeurs d’abime qui grondent, épouvantables ou réconfortantes, le long de toutes les fibres de l’être. Bouleversement total que ne peut produire « l’abstrait amour » : car elles ne savent, ordinairement, répandre, en l’élan de vitalité, que des diffusions indécises, les complications sentimentales !… Elle était de ces castillanes — bijas de ! sol, ollé ! — vers lesquelles, fatalement, vont les lèvres avides d’ivresses éperdues, — et se penchent, un peu, les âmes fouettées par de l’infini vertige… »

Je sais bien que « les âmes fouettées par de l’infini vertige » c’est drôle, mais c’est naturiste, vous savez ! Ensuite il y a l’idée du désir supérieur à l’amour, une assez jolie trouvaille… surtout pour un auteur qui ne fait pas son métier d’être sérieux. Ollé ! Ollé !

Ce roman ouvre une série de six, rassemblés sous le titre La Face de l’être. Ce seront Les Adultères vierges (1898), Le Baiser (1899), Le Poète et la violée (1899), La Libertine (1900), L’Angélus (1900) et L’Amour (1901).

Le Poète et la violée (Ollendorff)

Mercure de juin 1899, page 763

Cet auteur fait ma joie par la folie, voulue ou sincère, de ses métaphores, la hardiesse de ses situations amoureuses et le très grand respect qu’il a pour ses héros. On se croirait à la cour tant il leur fait la révérence et les accompagne jusqu’aux basses marches de l’escalier de son intrigue. Maintenant, ce n’est pas toujours français, mais c’est réellement curieux comme langue. Si Nonce Casanova voulait devenir un peu moins Nonce de pape et Casanova de barrière, il serait capable d’un roman vraiment chaud, fort en dehors des boulevards actuels.

Le Baiser (Ollendorff)

Mercure de janvier 1900, page 195

Ça ressemble à une pâtisserie orientale, c’est même terriblement sucre de coco, mais cela contient, en essence, plus de piments, de cantharides[1] et de vraie puissance future que tous les romans d’amour de cette année. Quant à la littérature ?… La littérature… c’est du métier. Et Nonce Casanova l’apprendra comme tout le monde, hélas !… s’il pouvait ne rien apprendre du tout et écrire un peu moins vite. Ah ! qu’il va donc vite, monsieur Casanova !

  1. La cantaride est un insecte dont on faisait une poudre servant d’aphrodisiaque.